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Le volontourisme : du rêve au cauchemar

Volontourisme, kézako ?

Ce mot-valise entre volontariat et tourisme est une forme de tourisme alternatif qui consiste à proposer son aide à des populations défavorisées au cours d’un séjour à l’étranger via les services d’une association ou d’une ONG. Le but est de faire une expérience humanitaire tout en étant en vacances et en découvrant la culture du pays.

Les origines de la pratique

Il fait son apparition dans les années 1960 avec le but de faciliter les actions d’aides à l’étranger afin d’augmenter le nombre de personnes qui s’engagent pour faire changer les choses. Ces missions à l’étranger se sont popularisées dans les années 2000 avec l’essor des réseaux sociaux, aussi bien grâce au partage de l’information classique qu’aux tendances des gens à vouloir mettre en avant leurs réalisations. De plus en plus de personnes se sentent prêtes à s’engager dans ces expériences humanitaires. Sur le papier cela semble être une super idée, non ? Mais alors, où est le problème ?

La commercialisation d’un si beau projet

Pourquoi ne pas concilier l’utile et l’agréable ? C’est une bien belle idée, mais justement un peu trop belle pour être vraie. L’appétence du public pour la générosité exotique est à l’origine d’une commercialisation de grande envergure. De nombreuses entreprises ont flairé ce marché juteux et, quand on a trouvé le bon filon, c’est con de creuser à côté ! Des dizaines d’entreprises ont créé un business autour de ce projet (Projects Abroad, Volunteer World, Guidisto Volontariat, International Volunteer HQ…) avec des noms attractifs et des slogans encore plus vendeurs : “Get out of your comfort zone and find a real immersion into the culture of the country”. La popularité de ces offres a eu des conséquences néfastes sur les populations visées par ces entreprises à l’étranger.

Le véritable objectif de mission humanitaire s’est retrouvé noyé dans le divertissement et des activités culturelles en tous genres. Les entreprises se donnent le nom “d’organisations”, les bénéfices sont des “soutiens financiers”, les clients des “volontaires”, le voyage touristique des “missions humanitaires” : tout se joue autour du vocabulaire employé. Ces entreprises vendent une bonne conscience à ceux qui veulent se targuer de faire le bien. Le volontourisme sert le narcissisme de la société et donne l’illusion d’être moral, d’avoir rempli son quota de bonnes actions. Ce ne serait pas un réel problème de fond si toute cette histoire se limitait à ce simple décalage.

 Une arnaque d’envergure

Tout d’abord, comme la demande augmente, les entreprises sont obligées de proposer plus de projets pour la satisfaire. Cependant, les opportunités de volontariat ne sont pas infinies. Certaines entreprises ont donc – tout simplement – décidé de créer des opportunités. Ainsi, des “faux-orphelinats” ont vu le jour au Cambodge et dans le reste de l’Asie du Sud-Est : des enfants non orphelins sont regroupés dans des bâtiments où se rendent les volontaires. Pire encore, ces enfants sont mal nourris, mal soignés et non scolarisés pour mettre en avant la misère et pour que les volontaires aient des choses à faire sur place pendant leur séjour, se sentent utiles.

Ensuite, la demande augmentant, les prix augmentent également. Cependant, où va cet argent ? Après tout ce que je vous ai raconté, vous ne me répondrez pas qu’il servira au développement local pour les populations défavorisées, et vous aurez raison. Le coût de ces voyages est très élevé et pourtant peu d’argent est en réalité alloué aux missions humanitaires. Ce sont les entreprises qui récupèrent d’importants profits. 

Enfin, ces “volontaires” prennent souvent la place d’autochtones et enrayent donc le développement de l’économie locale. Noelle Sullivan, experte dans le volontourisme, prend l’exemple d’un hôpital tanzanien en 2013 qui était envahi par des “volontaires” qui encombraient les lieux et gênaient le personnel médical dans son travail quotidien.

Des problèmes encore plus profonds

On peut d’abord parler du cas particulier mais très répandu des missions liées aux enfants. Les enfants qui sont aidés par les clients “volontaires” des entreprises de volontourisme font face à différentes personnes tous les mois voire toutes les deux semaines. Ce changement fréquent peut entraîner des troubles de l’attachement ou de l’abandon. D’autre part, les cours qui leur sont donnés ne sont pas au niveau minimal d’éducation – on reviendra plus tard sur les compétences insuffisantes des volontaires – et ne participent pas réellement au développement des enfants.

Ensuite, il est important de mentionner la “disneylandisation de la planète” mise en avant par la géographe Sylvie Brunel qui dénonce une vision du monde comme le terrain de jeu d’un petit nombre privilégié “d’aventuriers”. Elle souligne la nécessité d’une distribution plus juste des revenus liés au volontourisme afin de favoriser le développement local et remet en avant le fait que l’argent investi par les volontaires aurait pu servir à ce développement plus efficacement en créant des emplois notamment (par exemple le coût des billets d’avion pourrait permettre de créer une école et donc de favoriser l’éducation locale et créer des emplois d’enseignement).

Enfin, il faut faire attention au White Savior Complex (complexe du sauveur blanc) qui désigne les représentations biaisée de certains occidentaux se considérant légitimes à aider les populations du sud sans en avoir les compétences. On le voit dans le partage de son engagement (sur les réseaux sociaux par exemple) afin d’en tirer une valorisation personnelle. Comment peut-on laisser des gens incompétents donner des cours dans une école, ou pire encore soigner des personnes dans un hôpital ?

 

Comment bien faire le bien ?

Il faut d’abord comprendre que l’aide humanitaire passe en majorité par des professionnels. Et c’est normal, il ne viendrait pas à l’idée de faire réparer votre plomberie par un jeune étudiant en études de lettres non ? Quand on s’engage pour une mission humanitaire, il faut avoir des qualifications requises par le projet ou assister à une vraie formation : il faut donc s’investir dans cette mission sur le long terme.

Ce n’est pas parce que le volontourisme a des conséquences néfastes qu’il faut arrêter toute initiative de volontariat. Il existe de multiples alternatives de bénévolat solidaire, responsable et éthique qui servent réellement l’épanouissement des populations aidées comme France Volontaires, le Réseau des Espaces Volontariats ou Service volontaire international. Ces organisations se mobilisent d’ailleurs pour lutter contre la désinformation et pour faire interdire les pratiques marketing trompeuses.

Il s’agit de participer à cette lutte au niveau individuel en réfléchissant avant d’agir : France Volontaires propose une liste de questions à se poser avant de partir, Les Scouts et les Guides de France ont également publié des livres sur le sujet. Il s’agit avant tout d’être vigilant, surtout vis-à-vis des missions de volontariat courtes à l’étranger.

Sources

https://youtu.be/XPxIkXDGgqo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Volontourisme

https://www.france-volontaires.org/avant-le-volontariat/attention-au-volontourisme/#:~:text=Forme%20de%20tourisme%20conjuguant%20voyage,aide%20%C3%A0%20des%20communaut%C3%A9s%20locales.

https://www.projects-abroad.fr/volontourisme/

https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/volontourisme-volontariat-tourisme-entreprise-etranger

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