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1 jour, 1 portrait : Audrey Destang, fondatrice de Popee

A l’occasion de la semaine de la transition, le Noise s’associe à HeforShe pour vous faire découvrir des entrepreneuses engagées. Notre entrepreneuse du jour est Audrey Destang. En 2019, 5 ans après avoir quitté l’ESSEC, elle crée Popee, une start-up qui commercialise des papiers d’hygiène 100% recyclés, made in France et sans produit controversé, livrés dans un emballage recyclable. 

Nous avons eu le plaisir de l’interviewer.

Peux-tu pitcher Popee en 1 minute ? 

Popee commercialise depuis 2 ans et demi des papiers d’hygiène en matières recyclées fabriqués en France, sans produits controversés et labellisés Ecolabel et Origine France Garantie. On va même commencer à commercialiser des produits dédiés à l’incontinence, qui auront la majorité de nos engagements environnementaux et sociaux initiaux. 

 

Comment t’est venue l’idée de Popee ? A quel besoin répond cette start-up ? 

J’ai travaillé auparavant dans une autre start-up où j’avais une activité très strat, puis j’ai commencé à réfléchir à une activité à mener en dehors de mon job. Il se trouve que ma famille possède une forêt de pins gérée durablement, j’ai cherché comment utiliser ce bois et j’ai tout de suite pensé au papier utilisé quotidiennement et par tout le monde, le papier toilette. 

C’est devenu un véritable business par la suite car nous avons rencontré un marché. J’ai quitté mon autre boite, car Popee prenait de plus en plus de place, donc à l’occasion d’une levée de fonds, j’ai revendu mes parts dans mon ancienne boite pour financer Popee. 

 

Comment partir de zéro pour créer sa start-up ? 

En ce qui me concerne, je ne pense pas qu’on puisse réellement partir de rien pour créer sa start-up, même si tout le monde ne partage pas cet avis. Il y a un risque financier très important avec l’entrepreneuriat qu’il faut mesurer avant de se lancer. Neuf boîtes sur dix se plantent, donc quand on n’a pas bossé avant en CDI on n’a pas le chômage si notre boite plante. Je trouve qu’il est très risqué de montrer sa boîte immédiatement après avoir son école, car on manque de réseau et de compétences. Moi-même j’ai fait l’ESSEC, et je trouve qu’en sortie d’école on est trop généraliste. C’est bien de se mettre d’abord les mains dans le cambouis avec une expérience structurante dans une start-up pour aiguiser son expérience tout en mettant de l’argent de côté pour s’assurer une certaine sécurité financière. 

 

En quoi l’ESSEC t’a aidée dans ton aventure entrepreneuriale ? 

C’est moins les cours à l’ESSEC que les rencontres que j’y ai faîtes qui m’ont donné envie de me lancer dans l’entrepreneuriat. J’ai aussi été prof d’entrepreneuriat pour les BBA, ce qui m’a donné envie de recommencer quelque chose en lançant ma propre startup. 

 

Comment expliquer que moins de femmes se lancent dans l’entrepreneuriat ? 

Je n’ai jamais souffert d’être une femme, ou eu à faire à des propos réellement sexistes. A mon avis, la principale difficulté que rencontrent les femmes est la maternité. Pour ma part, je n’ai pas pu prendre de congé maternité à l’arrivée de mon bébé un an après la création de Popee car je suis solo-founder, je n’ai pas d’associé donc je ne pouvais pas me permettre de prendre un congé. C’est peut-être cette perspective qui freine les femmes qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat, car il n’est pas évident de concilier sa vie de famille et sa vie d’entrepreuneuse, qui implique beaucoup plus de responsabilités qu’un poste de salarié classique. 

En revanche, il est vrai que des investisseurs sont beaucoup moins enclins à investir dans des start-up créées par des femmes car ils ont peur d’un départ en congé maternité, c’est d’ailleurs une remarque que j’ai en ce moment alors que je lève des fonds pour Popee. 

 

Quelles difficultés as-tu rencontré à la création de Popee ? 

C’est avant tout la découverte de nouveaux métiers et de nouveaux modes de fonctionnement. On découvre de nouvelles tâches qu’on ne rencontre pas habituellement lorsqu’on est salarié.e : rédiger un contrat de travail, un contrat fournisseur, vérifier des délais de paiement client, … Il y a un côté 360°, il faut avoir une grande agilité pour pouvoir faire des tâches très variées. C’est encore plus vrai quand on seul fondateur comme moi, on est obligé de tout faire seule au début sur tous les sujets, ce qui est très intéressant mais aussi très prenant. 

 

Pourquoi avoir fait une campagne de financement participatif sur Ulule ? 

Il y a trois raisons qui nous ont poussées à faire le choix d’un financement participatif sur Ulule. D’abord, on peut faire des précommandes au lancement d’un produit, c’est-à-dire une avance de trésorerie, ce qui permet d’encaisser par avance l’argent et de produire selon les quantités commandées. Il n’y a donc pas besoin d’avancer les stocks ce qui est utile quand on manque de fonds. 

Ensuite, les campagnes sur Ulule apportent un gain de notoriété aux projets. Ulule fait la communication des projets sur ses propres réseaux sociaux et dans sa newsletter, ce qui permet de partager les coûts d’acquisition avec Ulule. 

Enfin, nous avons choisi Ulule car c’est une plateforme engagée et sincère, ce qui me plaisait puisque je lançais une start-up à impact. 

 

Est-ce que ça a toujours été une évidence pour toi de créer une start-up responsable ?

Oui, car je voulais me sentir à l’aise et en cohérence avec les produits que je vends. La dimension environnementale est très liée à la dimension sociale, c’est pourquoi la production locale me tenait particulièrement à cœur. Dans l’industrie de la papèterie, dans 95% des cas les arbres sont importés de l’autre bout du monde puis transformés en pâte à papier ce qui consomme beaucoup d’eau tout en générant d’énormes quantités de CO2. Au contraire, l’utilisation de papier recyclé permet de réduire ces émissions. 

 

Comment expliquer que l’usage du papier recyclé soit aussi minoritaire en France ? 

Avant, c’était principalement pour des raisons de rentabilité par rapport aux coûts des matières premières. Il y a aussi une dimension culturelle : en Allemagne, le papier recyclé concerne 25% des papiers d’hygiène, pour seulement 5% en France. Certaines personnes sont même réfractaires à l’idée d’acheter du papier d’hygiène recyclé car elles pensent que c’est le papier toilette sale qui est directement utilisé pour faire de nouveaux papiers d’hygiène. On a aussi l’idée que le papier recyclé serait de moins bonne qualité, alors qu’aujourd’hui on fait du triple ou du quadruple épaisseur en papier recyclé tout aussi doux que du papier toilette non recyclé et sans additif ou colorant. 

 

Où vous approvisionnez-vous en matières premières et où sont situées vos usines de production ? 

La matière première vient d’une grosse usine de papier recyclé située à côté de Château-Thierry, et les produits finis sont réalisés dans trois usines, en Normandie, près de Troie et de Lille. 

 

Les applications sont aujourd’hui très à la mode dans l’entreprenariat, et il peut être difficile de se projeter dans un projet plus concret, comment te positionnes-tu par rapport à cela ?

C’est vrai que le fait de créer une application peut sembler plus simple, car il n’y a pas de stocks ou de production à gérer. D’ailleurs les investisseurs préfèrent largement financer des applications et des logiciels que des produits. Pour ma part, j’avais envie d’avoir un produit fini pour la fierté de voir mes produits commercialisés en magasin. Commercialiser un produit a une dimension très concrète, et c’est ce que j’aime beaucoup ! 

 

Quelles sont les valeurs que tu essaies de faire vivre au travers de Popee ? 

Il y a des valeurs en interne : en tant que cheffe d’entreprise, j’ai des responsabilités vis-à-vis de mes salariés avec qui nous partageons une même ambition. Je n’ai pas pour ambition que Popee change le monde, en revanche, j’espère pouvoir apporter de petites améliorations dans la vie de mes salariés, en leur apportant de la satisfaction et de la fierté au travail, ainsi qu’une forme de légèreté et de bonne humeur au quotidien !

Et bien sûr, les valeurs orientées vers les consommateurs : nous promettons des valeurs sociales et environnementales, en mettant l’accent sur la santé puisque nos produits ne contiennent pas de produits toxiques. 

 

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui se lance dans l’aventure de l’entreprenariat, et en particulier de l’entrepreneuriat social et responsable ? 

Mon premier conseil serait de ne pas négliger l’argent, ce n’est pas parce que notre start-up est sociale et responsable qu’elle ne doit pas être rentable : une entreprise n’est pas une association ! Il faut donc tout de suite penser au modèle économique. En particulier aux débuts de l’entrepreneuriat à impact, on avait tendance à penser que la rentabilité n’était pas indispensable, alors qu’une entreprise doit payer ses salariés et avoir un modèle économique viable, qu’elle soit sociale et solidaire ou pas. 

Ensuite, il faut être bien cohérent entre la dimension environnementale et sociale. Pour ma part, j’ai bénéficié de l’accompagnement de l’incubateur de Makesense, et il y avait par exemple une tendance parmi les start-up incubées à recruter des stagiaires sans les payer. Or, on ne peut pas se revendiquer de l’ESS sans payer ses salariés ! Ce n’est pas parce que l’on a une entreprise sociale et engagée qu’on peut se permettre d’être incorrect avec ses collaborateurs. 

Enfin, il vaut mieux attendre un peu avant de se lancer pour avoir un peu d’argent de côté, car l’entreprenariat, qu’il soit social ou non, représente un gros risque financier. Par exemple, je ne me suis pas payée pendant les deux années qui ont suivi la création de Popee, donc heureusement que j’avais pu mettre de l’argent de côté grâce à mon job précédent ! 

 

Parmi les personnes travaillant dans l’ESS, beaucoup ont eu une carrière dans la finance ou le conseil avant de changer de voie professionnelle. Dans quelle mesure une carrière dans l’ESS est envisageable dès la sortie d’école ?

C’est une bonne question : on peut avoir besoin de travailler dans l’audit ou la finance pour différentes raisons et choisir légitimement de revenir vers un job à impact qui a du sens. Et en même temps, en tant que recruteuse, j’aurais du mal à engager quelqu’un qui a travaillé auparavant dans une industrie “trop sale” ou nocive comme l’industrie du tabac. 

On assiste aujourd’hui à une évolution, on accorde une place de plus en plus importante aux métiers à impact , il est donc assez fréquent de commencer à travailler tôt dans l’écosystème de l’ESS. Mais il faut garder en tête que ce secteur est moins rentable que d’autres secteurs comme l’audit ou la finance. Néanmoins, je pense que les parcours de personnes travaillant uniquement dans l’ESS vont progressivement devenir la norme. 

Si jamais cet interview t’as donné envie de rejoindre l’équipe d’Audrey Destang, sache que Popee recrute ses futur.es stagiaires pour septembre 2022 : https://www.welcometothejungle.com/fr/companies/popee-1     

Interview rédigée par Louise Herviou et Helena Teknetzian    

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