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1 jour, 1 portrait : Anne-Claire Pache, professeure titulaire de la Chaire Philanthropie de l’ESSEC

A l’occasion de la semaine de la transition, le Noise s’associe à HeforShe pour vous faire découvrir des femmes engagées. Aujourd’hui, nous vous présentons Anne-Claire Pache, professeure titulaire de la Chaire Philanthropie de l’ESSEC, qui a un parcours impressionnant. Diplômée de l’ESSEC en 1994, Anne-Claire Pache est titulaire d’un Master in Non Profit Management de la Harvard Kennedy School of Government et a participé à la création de l’association Unis-Cité. Elle est actuellement Directrice de la Stratégie et de l’Engagement Sociétal de l’ESSEC, et a co-écrit en 2020, Vers une philanthropie stratégique

Nous avons eu le plaisir de l’interviewer pour mieux comprendre le concept de philanthropie avec elle. 

 

Pour commencer, pouvez-vous nous donner votre définition de la philanthropie ? 

La philanthropie décrit l’ensemble des transferts de ressources privées au service de l’intérêt général : ressources financières (mécénat, dons financiers), dons de temps, bénévolat et mécénat de compétence. Cela est effectué soit par des individus soit par des organisations philanthropiques. 

 

Quelle différence finalement entre la philanthropie et la générosité ? 

Il n’y en a fondamentalement pas dans la mesure où la générosité est à la racine de la philanthropie. En France on a généralement utilisé le terme de mécénat pour le terme plus spécifique de soutien aux arts, puis à partir des années 1980 le sens du mécénat s’est déporté sur la qualification des activités philanthropes des entreprises. Le mécénat d’entreprise participe donc globalement du phénomène philanthropique.

 

Qu’est-ce qui vous a personnellement intéressée dans la philanthropie à l’origine ? Pourquoi en avoir fait un objet de recherche ? 

J’y suis venue via le prisme de l’entrepreneuriat social. Je me demandais comment mettre la dynamique entrepreneuriale au service de l’action sociale. A ma sortie de l’ESSEC en 1994, je me suis engagée dans une aventure entrepreneuriale associative : Unis’cité. A travers cette initiative portée avec d’autres jeunes femmes nous avons ainsi initié le « service civique » en France. J’ai tellement aimé cette expérience que j’ai voulu en faire partager un plus grand nombre, je suis donc partie étudier le sujet deux ans aux États-Unis avant de revenir en France afin de créer des formations sur la thématique de l’entrepreneuriat social. Je suis revenue à l’ESSEC en 2001 tout d’abord pour enseigner l’entrepreneuriat social, puis pour créer avec Thierry Sibieude la chaire Entrepreneuriat social. 

C’est ensuite en 2010 lorsque je suis devenue professeure permanente à l’ESSEC que j’ai pu explorer la philanthropie sous l’angle de la recherche et me pencher davantage sur la façon dont fonctionnent les acteurs qui financent les organisations d’intérêt général.

 

Dans le cadre de vos recherches, vous focalisez-vous sur la philanthropie française ou étudiez-vous la philanthropie américaine par exemple ? 

L’objet de nos recherches porte davantage sur la philanthropie française et européenne, mais nous sommes en effet souvent amenés à effectuer des comparaisons entre les deux continents.

 

A propos de la différence entre les acteurs publics et privés en matière de philanthropie, en quoi est-ce que la philanthropie d’État n’est pas tout simplement ce que l’on appelle la politique publique ?

Souvent, on tente d’opposer la philanthropie des entreprises privées à la politique publique dans la perspective où la philanthropie ne serait qu’un évitement de l’impôt. Globalement, je pense que les deux pans privés et publics sont assez complémentaires dans la mesure où la philanthropie permet une action efficace et apolitique en cas de besoin – notamment dans des cas d’urgence à l’instar de l’action de MSF à travers le monde. 

Cela permet également un financement indéniable de l’innovation sociale. La philanthropie ne permet cependant pas de couvrir tous les besoins en financement de l’innovation sociale : si la philanthropie peut en aider les débuts, il est du ressort de la politique publique (financements communaux, régionaux voire nationaux) de prendre le relais de l’accompagnement financier afin d’étendre la portée de ces innovations socio-entrepreneuriales, à l’image de ce qu’il s’est passé pour nous avec Unis-cité. Nous sommes ainsi passés de 180 jeunes touchés à l’émanation d’une politique de jeunesse à l’échelle nationale avec un financement pour accueillir 200.000 jeunes en service civique.

 

Ouvrage paru en 2020, co-écrit avec Arthur Gautier et Peter Frumkin

Vous avez écrit un ouvrage intitulé Vers une philanthropie stratégique, n’est-ce pas un peu oxymorique comme formulation ? 

L’idée de philanthropie stratégique réside dans le fait que, lorsque l’on a beaucoup de moyens à allouer à la philanthropie, il existe une vraie responsabilité dans l’allocation de ces ressources : cet argent sert-il efficacement l’intérêt général ? Quel est le véritable impact social de mon don ? Est-ce que je risque de créer davantage de dépendance que d’émancipation avec mon don ? Une stratégie philanthropique n’est ainsi rien d’autre qu’une réflexion sur la façon d’optimiser l’efficacité de mon impact sur les besoins sociaux sur lesquels je souhaite agir : à quel besoin répondre, quels moyens mettre en place, etc ?

 

 

Faut-il disposer d’importants moyens financiers pour être philanthrope ? 

Absolument pas. A titre d’exemple, des organisations très importantes et mondialisées telles que la Croix-Rouge ou MSF sont financées essentiellement par des petits dons. Chacun peut faire une différence réelle en fonction de ses ressources avec de toutes petites sommes. Pleins de petits dons permettent ainsi de construire de grandes rivières. Chacun peut donc avoir un véritable impact.

 

 

Quelle est la place de la philanthropie à l’ESSEC dans le cadre de la démarche “Together” ? 

La démarche “Together” va beaucoup plus loin en réalité et vise à transformer l’école pour faire en sorte qu’elle contribue le mieux possible aux enjeux socio-environnementaux. Il s’agit donc de transformer à la fois les cours, les chaires et la recherche au regard de ces enjeux. La démarche a aussi pour mission de transformer l’organisation interne de l’ESSEC dans cette évolution vers les grands enjeux environnementaux. La philanthropie ne constitue dès lors qu’un moyen parmi tant d’autres d’accéder à ces objectifs.

 

 

 

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