You are currently viewing La droite et les présidentielles : quels programmes environnementaux et sociaux ?

La droite et les présidentielles : quels programmes environnementaux et sociaux ?

Marine Le Pen

Marine Le Pen est candidate aux élections présidentielles pour le compte du Rassemblement National, après avoir siégé au parlement européen entre 2004 et 2017. Il s’agit de sa troisième candidature aux élections présidentielles.

La candidate d’extrême droite n’a pas dédié un « livret projet » à l’écologie comme elle l’a fait pour d’autres thèmes, mais elle a abordé certains points concernant ces enjeux, dans les différents livrets ou bien lors d’interviews médiatisées, que l’on peut articuler autour de trois thèmes principaux. Tout d’abord, l’énergie est un point important pour la candidate. Elle pense que l’éolien n’est en aucun cas une solution : il s’agit de démanteler tout projet éolien et solaire et de « rendre aux ménages les 5 milliards investis dans ce secteur ». Selon elle, l’urgence est de construire 3 nouveaux réacteurs EPR et de subventionner le remplacement des chaudières à fioul afin de limiter les pertes énergétiques. Marine Le Pen compte raffermir l’indépendance énergétique française et faire baisser la facture des Français. En lien avec l’énergie, les transports sont un enjeu majeur et c’est pour cela qu’elle souhaite renationaliser les autoroutes afin, encore une fois, de faire baisser les prix des péages et donc les factures des citoyens. Dans la même lignée, elle veut rendre les transports ferroviaires gratuits pendant les heures creuses pour les 18-25 ans pour qu’ils puissent voir leurs familles plus facilement. Pour ce qui est de la flore, Marine Le Pen s’implique pour les agriculteurs : elle veut soutenir le bio, mettre fin aux marges abusives de la grande distribution, interdire les importations qui ne sont pas aux normes françaises et généraliser l’étiquetage garant de la qualité et de l’origine. Elle souhaite également renforcer les pratiques de collecte et stockage d’eau pour réduire le gâchis. En revanche, elle prévoit d’autoriser à nouveau les solutions phytosanitaires comme les pesticides et engrais potentiellement nocifs dans les cas où il n’y a pas de « solution alternative ». Enfin, pour ce qui est de la faune, Marine Le Pen se montre très proche des animaux – elle a tout un livret dédié à la protection des animaux. Elle prend au sérieux la reconnaissance constitutionnelle du statut juridique des animaux en tant qu’êtres vivants dotés de sensibilité. En outre, elle veut mettre en place des sanctions plus dures contre la cruauté envers les animaux et renforcer le rôle des associations de protection des animaux. En revanche, elle n’interdira pas la chasse, qu’elle caractérise de « régulatrice » pour les écosystèmes.

Le programme social de Marine Le Pen est beaucoup plus fourni que sa lutte pour l’environnement. Voici quelques mesures phares de son projet. En accord avec ce qu’elle dit sur l’énergie et les factures des Français, elle baissera la TVA sur les produits énergétiques. Au niveau des taxes, Marine Le Pen supprimera l’IFI et le remplacera par l’IFF (Impôt sur la Fortune Financière). De plus, elle compte fixer la pension minimum à 1000 euros pour chaque retraité. Par ailleurs, elle ne reculera pas l’âge de départ à la retraite. D’autre part, Marine Le Pen souhaite prioriser les Français sur de nombreux plans. Elle veut réserver les allocations aux citoyens français et lutter contre la fraude dans l’attribution d’allocations. De plus, elle instituera une « priorité nationale » pour le logement social et étudiant, et prévoit la construction de 100 000 nouveaux logements sociaux. D’autre part, elle pense qu’une flexibilisation des droits du travail faciliterait l’accès aux travaux saisonniers Français, en supprimant les « malus » associés aux contrats courts. Enfin, son programme se penche beaucoup sur l’éducation. Marine Le Pen pense que réduire les effectifs de l’Education Nationale permettra de libérer des fonds pour réformer l’instruction publique. Entre autres mesures, elle envisage l’obligation du port de l’uniforme dans les écoles, de revaloriser la formation des enseignants et de remettre au cœur du programme le français, les mathématiques et l’histoire.

 

Nicolas Dupont Aignan

Actuellement président de Debout la France, c’est la troisième fois consécutive que Nicolas Dupont-Aignan se présente aux élections présidentielles. Alors que son parti n’a rassemblé que 4,7 % des  voix en 2017 et a connu une défection massive de nombreux adhérents courant 2019, le candidat de la droite radicale tente de redynamiser son parti. Le programme écologique de Dupont-Aignan repose sur une certaine conception de l’écologie et des problèmes environnementaux. En effet, l’écologie revendiquée par Dupont-Aignan dans son programme est une « écologie humaine, patriote, populaire et pragmatique », opposée à celle portée par les Verts décrits comme « sectaires ». Le programme écologique de Dupont-Aignan repose sur plusieurs leviers d’action.

Tout d’abord, Nicolas Dupont-Aignan entend poursuivre la réduction de gaz à effet de serre en valorisant le modèle énergétique français. En matière d’énergie, Dupont-Aignan souligne l’exemplarité française, puisque la France a le meilleur bilan carbone de tout le G7, ce qui s’explique selon lui par l’importance du nucléaire dans le mix énergétique français. Il veut continuer à soutenir le nucléaire pour garantir l’indépendance énergétique française tout en misant sur l’énergie hydroélectrique qu’il juge particulièrement rentable, contrairement aux énergies éolienne et photovoltaïque. L’énarque souhaite aussi construire une économie circulaire en favorisant la production française et les circuits courts. Enfin, Nicolas Dupont-Aignan ambitionne, d’une part, de sauver les paysages et la biodiversité, et d’autre part, de préserver la santé des Français menacée par la pollution. La question écologique est également largement abordée dans la rubrique Agriculture du programme de Dupont-Aignan. Dans l’optique de soutenir les bonnes pratiques agricoles et préserver les équilibres de la biodiversité, le candidat entend par exemple privilégier les circuits courts, interdire les OGM, revaloriser la prime d’aide à la conversion à l’agriculture biologique et encourager une agriculture de régénération des sols. Notons qu’une rubrique entière du programme de Dupont-Aignan est consacrée à la lutte contre la maltraitance animale, bien que le candidat soit un fervent défenseur de la chasse. Parmi les seize idées proposées, on trouve notamment l’obligation de la vidéosurveillance dans les abattoirs, l’interdiction de la consommation de la viande de cheval, la lutte contre le trafic d’animaux ou même la création d’une délégation interministérielle pour la Dignité animale.

L’une des mesures phares du programme social de Dupont-Aignan est l’instauration d’un service national civique et militaire mixte de trois mois permettant le passage du permis de conduire. Plusieurs de ses mesures concernent les droits des femmes. Parmi celles-ci, certaines sont clivantes comme l’interdiction de l’écriture inclusive ou l’interdiction du port du voile, qu’il décrit comme « une prison textile », dans les universités et les entreprises. Sur le plan de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le candidat veut instaurer une réponse pénale immédiate grâce à la création de tribunaux dédiés aux affaires de violences conjugales. Dans l’optique de favoriser l’égalité homme/femme dans l’entreprise, il propose de créer un congé parental rémunéré à 75% du SMIC pour une durée de trois ans, réparti entre père et mère. Parmi les différentes mesures proposées pour lutter contre la précarité, un certain nombre sont à destination des jeunes comme l’augmentation des bourses et logements étudiants, la gratuité du permis de conduire en échange de travaux d’utilité publique, ou la gratuité des concours. Concernant les retraites, elles seront indexées à l’inflation afin d’assurer un pouvoir d’achat stable.

 

Valérie Pécresse

Valérie Pécresse, candidate du parti Les Républicains aux prochaines élections présidentielles, a commencé sa carrière en tant qu’enseignante de droit constitutionnel à l’Institut Catholique de Paris, en parallèle de son poste de maître des requêtes au Conseil d’Etat. Elle rejoint ensuite Jacques Chirac en 1997 en tant que conseillère, puis se voit élue députée en 2002. Elle occupe ensuite plusieurs postes de Ministre au sein du gouvernement Fillon entre 2007 et 2012, avant d’être élue présidente du conseil régional d’Ile de France en 2015. Après un adieu provisoire au parti Les Républicains entre 2019 et 2021, elle sort victorieuse des primaires de la droite pour se déclarer officiellement candidate aux élections présidentielles. Penchons-nous de plus près sur son programme.

Tout d’abord, Valérie Pécresse se fait partisane d’une inclusion à la fois sociale et géographique. Dans le but d’améliorer les conditions d’éducation des jeunes français, elle propose une sixième de consolidation pour permettre aux élèves en difficulté de rattraper le retard pris au cours de leur primaire. Dans la même optique, elle veut protéger les enfants de la grande pauvreté notamment via une cantine à un euro, et un doublement de l’aide alimentaire. Elle souhaite aussi augmenter le nombre d’enseignants de 10 000 personnes, en créant en parallèle une “réserve éducative nationale” visant à éviter au plus possible que des cours ne puissent être assurés. Elle désire également réformer Parcoursup, et instaurer une Bourse au Mérite pour les bacheliers ayant obtenu une mention Très Bien ; ce qui ne l’empêche pas de prendre en compte des modes d’enseignement professionnalisants, avec pour objectif d’avoir un millions d’apprentis d’ici 2027. Autre volet de son programme social, la “réinvention des solidarités” est d’après Valérie Pécresse au coeur de ses préoccupations : elle souhaite mettre fin aux déserts médicaux en créant une quatrième année de formation pour les médecins, passée dans des zones en tension médicale, pour lutter contre l’inégal accès au soin ; et donner aux personnes âgées et aux individus en situation de handicap plus de moyens pour être accompagnés au quotidien, et bénéficier de meilleures conditions de vie. Plus qu’une inclusion sociale, c’est aussi une inclusion géographique que vise la candidate LR : ainsi, elle a pour ambition de désenclaver les zones rurales via un grand plan d’investissement dans les transports. Pour redynamiser nos campagnes, elle compte empêcher la fermeture des écoles sans accord préalable du maire de la commune, rénover les centre-bourgs et encourager les français à investir dans les communes de petite taille via des crédits d’impôts d’une hauteur de 50%. Cette volonté d’inclusion concerne aussi les territoires d’Outre-Mer, avec la création d’une banque des Outre-mer pour financer des investissements dans les “métiers d’avenir”. Afin de lutter contre les passoires énergétiques, elle projette la rénovation de 500 000 logements. En revanche, sa politique de logements sociaux n’est pas sans se caractériser par une certaine ambiguïté, puisqu’elle souhaite donner la priorité aux “travailleurs de première ligne” sans nécessairement préciser la nature ou l’identité de ses derniers, et instaurer avec les bailleurs sociaux un marché inattendu : des aides à la rénovation contre l’expulsion des “fauteurs de troubles”.

On pourrait définir le deuxième volet du programme de Valérie Pécresse comme une volonté de redonner à la France son indépendance énergétique et sa souveraineté alimentaire. Se réclamant d’une inspiration gaullienne, Valérie Pécresse compte passer par l’énergie nucléaire pour assurer l’autonomie du pays en matière d’énergie : elle prévoit donc de créer au minimum six nouveaux réacteurs EPR (pour en savoir plus sur le parc nucléaire français, nous vous invitons à vous pencher sur notre article sur le sujet, dont voici le lien : https://noise-essec.fr/energie/lenergie-nucleaire-en-france-x-le-jde-essec/ ) et d’investir dans les réacteurs déjà existants afin de prolonger leur durée de vie. Pour ce qui relève de notre souveraineté alimentaire, la candidate souhaite aussi accorder aux agriculteurs une meilleure rémunération, notamment en prenant en compte les services environnementaux rendus par chacun. Elle souhaite aussi empêcher l’importation de produits alimentaires qui ne respectent pas nos normes environnementales. En parallèle, Valérie Pécresse mettrait aussi l’accent sur la facilité de transmission des exploitations, via l’instauration d’exonérations fiscales.

Enfin, en guise de troisième volet, nous pouvons aborder les mesures tournées vers l’écologie au sens fort du terme. A l’opposé de ce qu’elle qualifie d’écologie “punitive et antisociale”, Valérie Pécresse désire mettre en place une “écologie de progrès et de solutions”. Ainsi, elle projette de mettre fin à la vente de véhicules thermiques neufs d’ici 2035, une suppression compensée par son programme de modernisation et de rénovation ferroviaire, et d’instaurer une taxe carbone aux frontières européennes. Dans la même idée que sa réserve éducative citoyenne déjà citée, elle souhaite mettre en place une réserve écologique citoyenne pour nettoyer les espaces naturels français pollués ou bien réagir rapidement en cas de catastrophe naturelle. En parallèle, la candidate des Républicains a pour objectif d’instaurer une “croissance verte et durable”, notamment avec le développement d’une filière bois française bénéficiant d’un fonds annuel national forestier de 150 millions d’euros, et un soutien important aux biocarburants. Elle a voulu mettre l’accent dans son programme sur l’importance de la durabilité et du recyclage, en proposant des clauses environnementales et sociales dans les marchés publics pour favoriser les circuits courts, ainsi que de récompenser financièrement les français donnant au recyclage leur ordinateur ou leur téléphone portable hors d’usage. Elle mettra aussi en place de plus fortes mesures pour la préservation de l’environnement, encore une fois à l’aide d’un fonds, celui-là de renaturation, d’un montant de 200 millions d’euros, pour réhabiliter l’intégrité des sols urbains.

 

Jean Lassalle 

Jean Lassalle, fondateur du parti Résistons, est candidat à l’élection présidentielle de 2022 pour la deuxième fois, après avoir soutenu François Berrou lors des ses candidatures aux élections précédentes. Maire de Lourdios-Ichère entre 1997 et 2017, il est élu député en 2002 et occupe ce poste depuis. Penchons-nous sur les propositions environnementales et sociales de ce partisan d’une “France authentique”.

Pour ce qui relève des problématiques environnementales, Jean Lassalle se dit dans son programme sensible aux questions énergétiques. Ainsi, il propose de développer la recherche en matière de biodiversité marine et de milieu océanique, une manière pour lui d’exploiter au mieux l’énergie marine dont dispose la France (qui possède, pour rappel, une façade maritime de onze millions de kilomètres carrés), mais aussi les organismes marins pouvant participer à notre sécurité alimentaire. En parallèle, il souhaite développer d’autres énergies renouvelables, tout en mettant fin au développement de l’énergie éolienne. Pour cela, il souhaite se concentrer sur l’énergie solaire. 

Jean Lassalle affirme aussi porter une attention soutenue à la question de l’inclusion des populations rencontrant des difficultés. Fidèle à son rôle de représentant de la France aux racines rurales, il propose ainsi une étude de redistribution de la PAC, ainsi que la mise en place d’un “ticket paysan” favorisant les circuits courts, mais aussi l’extension du ticket restaurant aux agriculteurs. Il définit plusieurs catégories sociales comme des “oubliées”, chose à laquelle il souhaite mettre fin. Ainsi, il souhaite définir une politique d’accompagnement des personnes handicapées plus développée qu’actuellement, et améliorer tant les possibilités de formations auxquelles elles peuvent accéder que l’accessibilité à des emplois et des équipements urbains adaptés. Par ailleurs, il fait de la jeunesse l’un de ses chevaux de bataille en souhaitant mettre en place un RSA jeunes et en accordant aux jeunes un prêt de 20 000 euros à taux zéro garanti par l’Etat. Il a pour objectif d’étendre la gratuité des transports publics pour les jeunes, et favoriser le développement des logements intergénérationnels. En plus d’une augmentation des APL, ce développement permettrait aussi une meilleure inclusion sociale des personnes du quatrième âge, dont il veut résorber l’isolement. Enfin, afin de pousser cette question de l’accompagnement des personnes en difficulté encore plus loin, il souhaite réformer en profondeur le système de santé français, en augmentant le nombre de places dans les facultés de médecine, en ouvrant 20 000 lits et en recrutant 100 000 infirmières sur la durée du mandat. Cependant, le point culminant de sa politique de santé est ailleurs puisque Jean Lassalle propose que la sécurité sociale prenne en charge toutes les dépenses de santé.

 

Eric Zemmour 

Le programme environnemental d’Eric Zemmour s’inscrit dans une volonté de « protéger la beauté de la France ». Pour atteindre cet objectif, le candidat souhaite lancer des chantiers de dépollution des sols parmi les 6800 zones polluées recensées en France et aggraver les sanctions contre la pratique de décharge sauvage. Le candidat souhaite également investir dans des filières de développement durable comme la filière du recyclage des plastiques afin d’atteindre l’objectif de 50% de volumes recyclés d’ici 2050. En ce qui concerne l’énergie, le candidat du parti Reconquête veut mettre fin à tous les projets d’éoliennes actuels et futurs . Il souhaite également développer l’électrique et l’hydrogène dans les transports en commun pouvant profiter facilement d’un système de recharges, comme les bus et cars. Son programme présente également un enthousiasme pour l’énergie nucléaire. En effet, le candidat souhaite relancer cette filière en stoppant la fermeture prévue des 12 réacteurs nucléaires annoncée pour 2030 ainsi qu’en supprimant l’objectif de réduire à 50%  la part du nucléaire dans le mix électrique en 2035. Eric Zemmour propose également de mettre en place une politique qui vise à réduire les gaz à effet de serre en favorisant les entreprises françaises et en privilégiant les produits locaux dans la restauration collective.

En ce qui concerne le programme social du candidat, une de ses propositions est l’augmentation du salaire des travailleurs modestes, ainsi qu’une revalorisation des petites retraites inférieures à 1300 euros par mois. Ces deux mesures sociales ont pour contrepartie  la suppression des aides sociales non contributives pour les étrangers extra-européens. Son programme met en avant le  souhait de relancer la politique familiale afin de favoriser la natalité en France. Il  propose donc de revenir à l’universalité des allocations familiales qui ne seront plus versées sous conditions de ressources. Le candidat propose également quelques mesures afin d’améliorer le bien-être des personnes en situation de handicap. Il souhaite pour cela créer 15000 places dans des établissements et services adaptés pour adultes handicapés et recruter et former 50 000 accompagnants d’élèves en situation de handicap pour les élèves scolarisés en milieu ordinaire.

 

Imane El Mahfoudi, Sambre Lacrépinière, Helena Teknetzian, Mérédith Piot

Sources : le programme respectif de chacun des candidats

 

Laisser un commentaire