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Et le tri, on en est où ?

Quelle différence faites-vous entre ces deux logos ?

Celui de gauche est le ruban de Möbius, symbole universel du recyclage depuis 1970. Il signifie que votre emballage est recyclable. Celui de droite est le POINT VERT, symbole né en 1992, qui signifie que l’entreprise qui commercialise le produit que vous tenez entre vos mains verse une contribution à Citeo (un organisme chargé de piloter le tri et le recyclage en France). Ce point vert ne garantit pas que votre produit est recyclable.

Cela prête à confusion non ?

Je vous présente maintenant TRIMAN. Ce petit bonhomme est apparu sur nos emballages en 2015, même s’il reste rare. Il signifie pourtant que l’emballage est valorisable et doit donc être trié. D’ici 2021, il devrait être obligatoire sur tous nos emballages recyclables. Pourtant le connaissiez-vous ?

Maintenant, vous comprenez peut-être mieux les CONSIGNES INFO-TRI, ces précisions apparues sur nos emballages en 2012 et crées par Citeo. Vous comprenez que la bande verte ne sert pas à grand-chose dans votre tri, malgré la connotation positive du vert aujourd’hui.

Pourquoi le tri n’est pas évident en France en 2020 ?

Cette question un peu simpliste recouvre plusieurs aspects. En effet, si certains contrôlent leur production de déchets en réduisant leur consommation d’emballage et en triant à la perfection, beaucoup choisissent tout simplement de ne pas trop penser à la question des déchets et du tri. La France est-elle un bon trieur ? Peut-on améliorer la gestion des déchets ?

Les acteurs du tri

Les ménages

Un citoyen français produit en moyenne 511 kg de déchets par an, il est dans la moyenne haute européenne. Or le taux de recyclage des déchets non dangereux sur le sol Français est de 44,5%.

Depuis la loi NOTRe (Loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République) de 2015, c’est la région qui est en charge du tri des déchets. La région produit un plan où elle décrit le parcours des différents types de déchets.

Les entreprises

Tout producteur de déchet, en dehors des ménages, est responsable de la valorisation ou/ et de l’élimination des déchets qu’il produit. C’est le principe du tri à la source. Certaines entreprises, notamment des petits commerces, peuvent être desservies par le service public de gestion des déchets, du fait des faibles quantités de déchets générées.

Sommes-nous bon élève ?

Un exemple étranger : l’Allemagne

L’Allemagne est un très bon exemple car c’est le champion européen du tri. En 2015, 66% de leurs déchets étaient recyclés. On vante souvent le modèle allemand pour son caractère intuitif du tri, car le réflexe du tri est ancré dans les mentalités. Les Allemands seraient-ils plus disciplinés que les Français ? Ce cliché saute bien vite. Le système encourage tout simplement plus le tri.

La consigne est l’exemple par excellence : il existe une consigne sur les bouteilles en plastique. Cette consigne est élevée : comptez environ 15 centimes pour une bouteille en plastique d’un litre de soda. Ne pas trier coûte donc cher à un Allemand. De plus, un Allemand est incité à ne pas ignorer sa consommation d’emballages puisqu’il doit les conserver, les stocker chez lui avant de retourner au supermarché pour récupérer sa consigne.

C’est l’habitude et le quotidien qui permettent l’ancrage du tri dans les mentalités de nos voisins allemands. Par exemple, mettre les bouteilles en plastique dans la machine qui calcule le montant de la consigne à récupérer est un jeu pour les enfants qui apprennent très jeune le geste. De l’habitude à l’échelle nationale émergent ensuite des pratiques de consommation différentes. A titre anecdotique, lorsque vous cherchez « poubelles de cuisine » (Küchenabfalleimer) sur Amazon.de, vous obtenez 16 poubelles de tri différentes dans les résultats sur la première page, contre 8 sur Amazon France.

La question de l’exportation des déchets à trier

Il existe deux biais dans la mesure du taux de recyclage des déchets : le stockage et l’exportation. Le stockage des déchets avant recyclage est une pratique que l’on a du mal à interpréter. Ou bien c’est un stock irréductible, nécessaire au bon fonctionnement du système de tri ; ou bien c’est la preuve que notre capacité de recyclage des produits triés est insuffisante.

Exporter ses déchets triés est cependant la preuve d’un défaut de la chaîne du recyclage en France. Cette pratique est importante. En effet, en 2014, si l’on compte les déchets triés exportés, la France recycle 50,9% de ses déchets, contre 44,5% sinon. La Suède est un pays qui s’est spécialisé dans l’importation des déchets, et c’est un des éléments qui fait que le pays pourrait bientôt être négatif en carbone.

Faire mieux

L’objectif de cet article est de t’inciter à penser à quelque chose qu’il peut oublier souvent : ses déchets et leur destination.

Nous les oublions individuellement, mais également collectivement. L’exemple de l’Allemagne et le rôle du législatif dans le tri (voir chronologie en annexe) nous poussent à une analyse structuraliste : si nous ne sommes pas parfaits, c’est du fait de la structure. Si le tri n’était pas évident, c’est parce que les symboles étaient peu lisibles (jusqu’aux consignes info-tri) et que le tri n’était pas obligatoire jusqu’en 1992 pour les communes. Si le tri n’est pas assez répandu, c’est que l’incitation à trier n’est pas assez forte. Si le recyclage n’est pas optimal, c’est parce que les investissements sont insuffisants.

Rétablir la consigne, faire de la gestion des déchets une filière dans laquelle la France serait un leader sur la scène internationale, généraliser la valorisation des déchets organiques, augmenter le nombre de poubelles en s’inspirant des pays leader dans le recyclage (Japon ou Suède) … Toutes ces propositions laissent des marges d’amélioration en France.

Or les acteurs majoritaires du changement sont la région et l’Etat. Jusqu’à aujourd’hui, ce sont des mesures étatiques (normes, obligations) qui se sont imposées aux collectivités territoriales, car le tri et le recyclage représentent des coûts pour les collectivités (coûts de transition et coûts de gestion). Améliorer notre capacité de tri et de recyclage est donc un enjeu politique et un enjeu à imposer à l’agenda politique.

Annexes et sources

Petit historique sur le tri en France

  • 1883 : Eugène Poubelle invente le contenant qui portera son nom.
  • En 1960, un citoyen français de l’hexagone génère en moyenne 250 kg de déchets par an.
  • A partir du 15 juillet 1975, les collectivités locales sont désormais responsables de la collecte et de l’élimination des ordures ménagères, mais sans obligation
  • En 1992, la loi Royal oblige les communes à valoriser leurs déchets.
  • Objectifs nationaux (avec obligation de respect depuis 2008). Au minimum 50% du poids des déchets d’emballages doivent être recycler.
  • L’article 8 de la loi NOTRe (2015) donne la responsabilité de la gestion des déchets aux régions qui doivent proposer un des plans avant le 7 février 2017. Avant cette loi, le système de gestion des déchets était divisé entre trois échelons (la région gérait les déchets dangereux, le département les déchets non dangereux, les déchets du bâtiment étaient gérés à part).
  • Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte : le décret n° 2016-288 du 10 mars 2016 fait obligation aux producteurs et détenteurs de déchets (entreprises, commerces, administrations…) de trier à la source le papier/carton, le métal, le plastique, le verre et le bois.

Sources

https://www.fnade.org/ressources/documents/1/158,Communique-de-presse-FNADE-Statistiques-europeennes-des-dechets.pdf

https://www.ecologie.gouv.fr/tri-des-dechets

https://www.touteleurope.eu/actualite/le-recyclage-dans-l-union-europeenne.html

https://www.enviroveille.com/public/fiches_pratiques/fiches-pratiques.html?cat_id=1&dossier_id=128836&fiche_id=1675802

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