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CR Soirée Poumon vert et tapis rouge en présence de Luc Marescot, le réalisateur

Le réalisateur

Mardi 5 octobre en PA4 se tenait la première projection de l’année, un ciné-débat organisé par les Déjeuners climatiques, un cycle annuel de rencontres inauguré au printemps 2021. Le projet a également été soutenu au sein de l’ESSEC par le Together Impact Fund.

La soirée a commencé par quelques mots des organisatrices des Déjeuners Climatiques, Pauline Delecaut, Camille Richou et Mathilde Cocherel. C’était également l’occasion de lancer la première saison du ciné-club du Noise, un nouveau projet du pôle MSN. Luc Marescot a ensuite pu se présenter et introduire son film.

Fils d’un pilote d’hélicoptère, il vit un choc la première fois que son père lui montre un film de l’antarctique où il a accompagné l’explorateur Paul-Emile Victor. La passion du voyage et de la photographie poussent Luc, âgé alors d’à peine 20 ans, à créer une agence de presse itinérante avec des amis. Il fait ainsi le tour du monde en envoyant en métropole ses reportages. Devenu l’un des réalisateurs de l’émission Ushuaïa Nature présentée par Nicolas Hulot, son travail est toujours porteur d’un message en faveur de la protection de l’environnement. Lors d’un tournage à Madagascar il fait une rencontre déterminante, celle du botaniste Francis Hallé, mondialement reconnu pour ses travaux sur les forêts primaires. Dès lors, Luc Marescot réalise plus de dix documentaires sur les forêts de Guyane, Equateur, Brésil, Congo, Gabon, Sumatra, Bornéo… et Papouasie Nouvelle-Guinée avec Marc Dozier et Mundiya Kepanga.

Poumon vert et tapis rouge est le premier film dans lequel il s’essaie à passer de l’autre côté de la caméra.

Le film

Le film retrace l’aventure d’un réalisateur qui souhaite passer du documentaire à la fiction pour toucher le grand public et le rallier à sa cause : la préservation des forêts. Il s’agira d’un thriller écologique avec Leonardo di Caprio dans le rôle principal, un film d’action à la sauce hollywoodienne intitulé “The Botanist”. Luc Marescot s’incarne lui-même et nous fait vivre les étapes qui mènent à la réalisation d’une fiction, avec tout ce que cela comporte de difficultés, de rebondissements et de murs dressés inlassablement entre l’idée et la réalisation. Filmé partiellement en face-cam et sans script pour les dialogues, le documentaire prend par moment des allures de vlog, entrecoupé d’archives lorsqu’il s’agit de faire connaître Francis Hallé et ses expéditions aériennes, et rythmé par les arbres centenaires de la forêt amazonienne qui tombent sous les tronçonneuses.

Questions – réponses avec Luc Marescot

[Attention : Les réponses exposées ne reflètent pas les propos exacts de Luc Marescot mais sont un résumé des idées évoquées lors de la discussion]

Après la projection, Luc Marescot nous parle de son film, de son projet fou et de son amour des forêts qui lui a été transmis par Francis Hallé. La passion et l’engagement transparaissent dans son discours et il est difficile de ne pas se laisser gagner par l’élan d’optimisme qu’il insuffle à cet échange.

 

Retour sur le débat :

[Spoiler Alert] Si The Botanist n’aboutit pas à la fin du long métrage, Luc Marescot continue pourtant de porter son projet afin qu’il puisse voir le jour. Il a pour cela quelques pistes, et essaie de contacter des acteurs célèbres qui pourraient soutenir le concept à ses côtés. Poumon vert et tapis rouge est d’ailleurs une belle leçon de confiance en soi avec un refrain qui traverse le film : y aller au culot et voir ce qui se passe.

Pourtant il l’avoue, il sait que le film se fera sans lui. Avec un budget de 40 millions de dollars, il devra confier le projet à des producteurs et réalisateurs américains. Son but est donc maintenant de faire connaître le script et de se battre pour que, quelles que soient les équipes hollywoodiennes choisies, Francis Hallé ou lui-même soient impliqués dans le projet pour apporter la “compétence forêt” (= s’assurer du réalisme des informations botaniques du film).

 

Pourquoi avoir réalisé ce film si vous savez que vous ne serez pas aux commandes de The Botanist ?

Avoir réalisé Poumon vert et tapis rouge a permis de faire connaître le projet de The Botanist à des personnes stratégiques qui accélèreront peut-être le processus, le script a été distribué et lu, il a déjà retenu l’attention. Le but est de faire exister le film afin que le sous-texte sur la préservation des forêts soit diffusé au plus grand nombre sous les aspects glamours d’Hollywood. De plus, Poumon vert et tapis rouge a permis à Luc Marescot de se créer un petit réseau dans le cinéma. Lui qui était restreint au monde du documentaire, il a désormais des contacts dans le domaine de la fiction.

Dans Poumon vert et tapis rouge, vous évoquez l’idée que la nature est capable de réguler elle-même les éléments qui la menacent. Pourquoi l’action individuelle aurait-elle alors un impact ? Pourquoi ne pas attendre que la nature s’en sorte toute seule en supprimant l’espèce humaine ?

Parce que la question n’est pas celle de la survie de la planète. Le but de l’action individuelle n’est pas de préserver la Terre. La Terre nous survivra. Même lors des ères glaciaires, il a toujours subsisté des bouts de forêt qui se sont multipliés et étendus, une fois les conditions propices revenues. La vraie question, c’est celle du monde dans lequel nous souhaitons vivre, c’est la question de la beauté, du confort, du plaisir. Comment allons-nous vivre dans ce monde, va-t-on continuer à le détruire ?

Quel optimisme par rapport à la situation actuelle des forêts avez-vous après avoir fait ce film ?

“On est contraint à l’espoir.” Luc Marescot veut tourner le dos aux nouvelles catastrophes qui rabâchent des chiffres qui n’ont plus de sens pour se tourner vers la liste des bonnes nouvelles qu’il faut multiplier. Si l’on regarde bien, il y a des milliers de gens qui agissent et de projets porteurs d’espoir. Par exemple, plus de 60000 hectares de forêts sont replantés ou repoussent d’eux-mêmes chaque année en France. L’Australie a mis en place un programme de plantation de 2 milliards d’arbres par drone. Toujours plus de mini forêts à taille urbaine se développent : il s’agit de planter des arbres d’espèces spécifiques et selon un plan préétabli pour absorber 40% de dioxyde de carbone de plus qu’une forêt classique de même surface. (plus d’informations auprès des associations Agri’parc et Les coulisses de la nature)

Luc Marescot insiste sur l’importance des choix individuels de consommation pour faire la différence. Aujourd’hui, il estime que l’acte d’achat est plus important que le bulletin de vote. Les lobbys industriels sont dirigés par la recherche de profit et donc par le besoin de plaire aux consommateurs. Mais les consommateurs, c’est nous. Nous avons le pouvoir, il s’agit de s’en emparer pour agir rapidement.

Emporté par son enthousiasme, Luc Marescot nous parle ensuite de la forêt, actrice principale de ses films.

Il existe deux poumons de la Terre : les océans et les forêts. Les océans ne pourront jamais doubler de volume et ils sont aujourd’hui saturés en carbone et en plastiques, il faudra de nombreuses années avant qu’ils puissent aider dans la lutte contre le dérèglement climatique. Les forêts au contraire peuvent doubler de volume : on pourrait replanter ou laisser repousser 9 millions de kilomètres carrés de forêts sans que cela touche aux activités humaines. En faisant cela, on absorberait les ⅔ du CO2 émis depuis le début de l’ère industrielle. Le végétal est crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans les périodes interglaciaires, quand la forêt a repris de la place, on a vu la Terre se refroidir jusqu’à 3°C.

 

La démarche de Luc Marescot est tournée vers l’action. Il ne s’agit plus de dire que tout va mal ou de donner des chiffres qui ont perdu leur sens. Il ne s’agit plus de faire prendre conscience aux gens du problème mais plutôt de faire changer les comportements, et cela passe par l’émotion. Le réalisateur rappelle qu’après la sortie de Blood Diamond, dans lequel a joué Leonardo di Caprio, le trafic de diamants a diminué de 15%. La fiction a donc un rôle important à jouer dans la diffusion d’un message et dans l’évolution des comportements.


 

Retrouvez-nous bientôt pour de nouvelles séances cinés, et leurs comptes-rendus ! Autant de rencontres enrichissantes et de temps d’échange avec des personnalités engagées dans la lutte contre le dérèglement climatique et les inégalités !

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