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LG&LP : Raphaël Glucksmann, Lettre à la génération qui va tout changer

Pour ce nouvel épisode de La Graine et la Plume, nous nous penchons sur la Lettre à la génération qui va tout changer, un ouvrage de Raphaël Glucksmann paru en 2021. D’abord journaliste et chroniqueur, essayiste puis conseiller politique, Raphaël Glucksmann devient député européen en 2019 avec le parti de gauche Place Publique, dont il est cofondateur. Que ses projets abordent des thématiques sociales ou écologiques, ils ont toujours pour leitmotiv la citoyenneté et la démocratie. Lettre à la génération qui va tout changer ne fait pas exception puisqu’il s’agit avant tout d’un appel lancé à la jeunesse française à exercer son pouvoir pour réveiller une France humaniste et contrer l’inaction et l’impuissance des gouvernements qui la dirigent.

Une lettre ouverte comme un appel à la résistance

Lorsqu’on m’a prêté ce livre, mon scepticisme naturel m’a d’abord poussée à regarder avec une pointe d’agacement le titre qui s’étale en gros caractères sur la couverture. Encore un qui va nous dire que c’est à nous, les jeunes, de relever les grands défis de l’époque. Encore une manière de repousser les conséquences de décennies d’inaction politique sur la génération qui vient. Eh bien non ! Raphaël Glucksmann a décidé de se mettre dans le même bateau que la génération à laquelle il s’adresse, et plutôt que de lui laisser en héritage un rafiot troué, il nous exhorte à prendre les commandes du navire tant qu’il en est encore temps. Lettre à la génération qui va tout changer est une apostrophe à tous ceux qui ne se sont pas encore résignés à accepter l’inaction de leur gouvernement, ceux qui croient encore en une France humaniste qui défendra partout dans le monde les Droits de l’Homme qu’elle a proclamés universels.

L’essai est structuré en trois parties et la première, intitulée “La volonté d’impuissance”, lance particulièrement bien la dynamique du livre. Cette introduction contre un à un les messages fatalistes de tous les pessimistes qui nous entourent et guettent comme des vautours le moment où nous aussi, nous baisserons les bras et rentrerons dans les rangs. L’élan premier de cette Lettre, c’est de combattre ce que Raphaël Glucksmann appelle “la mélodie du renoncement”, le refrain des dirigeants, des adultes apathiques qui nous regardent de haut pour nous dire que les injustices qui nous révoltent ne se résoudront pas comme ça, que “c’est plus complexe”. La seconde partie, “Le discours de la méthode”, énonce cinq principes structurant l’action politique qui devra être la nôtre si nous voulons effectivement aller au-delà de l’impuissance et agir réellement pour les enjeux qui nous animent.

Et j’ai trouvé le livre (du moins ces deux premières parties) particulièrement agréable à lire parce qu’il est exempt de l’aspect moralisateur qui accompagne souvent les discours sur les grands enjeux de notre temps. Raphaël Glucksmann partage sa propre mobilisation, il raconte comment son indignation face à la déportation du peuple Ouïghour a pu aboutir à une prise de conscience collective grâce à l’élan de solidarité de la jeunesse. Il est effectivement dans le même bateau que la génération à qui il s’adresse car il en partage les combats. En partant de son expérience, il nous offre des exemples concrets de mobilisation et nous montre notre propre pouvoir. Non, ce ne sont pas là des formes traditionnelles de protestation mais cela n’enlève rien aux effets qu’elles peuvent avoir sur les décisions politiques qui modèlent notre pays. Oui, notre génération passe peut-être son temps sur Instagram, mais si cela peut lui permettre de s’indigner face aux injustices de son époque et de forcer les dirigeants à agir en conséquence, qu’il en soit ainsi. L’important pour Raphaël Glucksmann, c’est que cette génération prenne confiance en elle et s’aperçoive que le pouvoir qu’elle détient est réel.

 

Humanisme et dirigisme : de la difficulté de saisir le kairos

J’ai donc été assez convaincue par ce “Discours de la méthode” ponctué de messages simples et forts, et d’anecdotes dévoilant les dessous du système politique européen et des forces à l’œuvre dans les décisions qui façonnent notre économie et notre société. Il n’en va malheureusement pas de même pour la dernière partie de l’essai, intitulée “Notre chemin”. J’ai été moins séduite par l’apparence de programme électoral de ce dernier chapitre. Raphaël Glucksmann n’a a priori pas d’ambitions présidentielles, et pourtant il nous laisse avec un plan très détaillé de ce que “nous ferons” une fois au pouvoir. J’ai eu plus de mal à me reconnaître dans ce “nous” qui semble devenu politique : il cherche à rassembler et convaincre plus qu’il ne dit l’unité évidente de ceux qui partageaient une situation commune au début de l’essai. Peut-être est-ce dû aux mesures qu’il décrit et qui m’ont paru pour certaines quelque peu idéalistes, pour d’autres franchement irréalistes.

 

Dans son ensemble, je retiendrai pourtant de cet essai l’élan d’optimisme qui m’a d’abord saisie à sa lecture, et la conviction, peut-être illusoire, que tout reste à faire et que notre génération saura faire entendre sa voix parmi les sceptiques et les indifférents. Raphaël Glucksmann nous propose un programme, un peu utopiste peut-être, mais comment ferons-nous bouger les choses si ce n’est en visant plus loin que le simple raisonnable ? A quelques mois des élections présidentielles, sa Lettre à la génération qui va tout changer résonne comme une invitation à ne pas se résigner, ni limiter nos attentes, mais plutôt à nous engager pour voir émerger demain une société dont nous serons fiers. Je vous recommande donc chaudement ce livre pour bien commencer l’année !

Alice Nojaroff

 

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